Hippocrate

arton27241-c124dDès le début du film, on plonge dans les tréfonds de l’univers hospitalier, dans le dédale sans fin de couloirs interminables, sans fenêtre, glauques. On sent tout de suite que l’expérience ne va pas être une partie de plaisir. Benjamin réalise son premier stage d’internat et se confronte au milieu impitoyable des internes de l’hôpital public. Fils du patron, l’expérience ne sera pas pour autant facile. Très vite sa confiance s’effrite, la peur et le doute s’installe, les injustices le touchent et l’ébranlent.

J’avais lu comédie… on sourit parfois, mais on se sent aussi un peu voyeur, mal à l’aise. Ce film ressemble plutôt à un documentaire, un bon documentaire ! Parfois cru, évoquant de vrais problèmes de société et rendant au final un bel hommage à tous ceux qui se dévouent à soulager les misères humaines.

De l’incertitude…

…naît le chaos.

Enfin le chaos intérieur, car de l’extérieur on reconnait plutôt une sorte de passivité, d’attente paralysante. Si malgré tout on arrive à se projeter, à continuer à avancer comme si de rien était, il est fréquent de vivre des angoisses intérieures, des excitations ponctuelles, des rêves auxquels on s’interdit de croire. Quand l’avenir est en suspend, quand tellement de paramètres vous échappent, difficile de ne pas subir, de rester maître de son destin. Cette impression de ne pas avoir le choix, de subir ceux des autres vous rend fragile, friable dans le sens où vous avez l’impression de vous déliter au fur et à mesure de l’attente. Vous tentez de croire en votre bonne étoile, vous persuadant que ce qui va arriver va vous permettre de rebondir – sans que vous sachiez vraiment comment – qu’une opportunité va vous permettre de réaliser un projet qui vous tient à cœur.

Et puis l’incertitude prend fin. La décision a été prise loin de vous, vous n’avez pas non plus vraiment cherché à l’influencer. Le verdict ne vous convient pas…

Que faire ? Oublier les contraintes, réelles ou soigneusement inventées par vos soins. Posez-vous la question simplement. Que feriez vous si vous étiez complètement libre ? Que feriez vous si vous n’aviez plus peur ? Quel est votre rêve réel enfoui ? Qu’est-ce que vous regretteriez de ne pas avoir fait au seuil de votre vie ? Si une réponse vous apparaît, évidente, saisissez là, placez là aux milieux de toutes ces contraintes dans lesquelles vous évoluez, essayez de les réduire une à une, de les gommer si vous le pouvez, et lancez-vous ! Donnez vous la chance d’accomplir ce rêve, même si le chemin sera semé d’embûches, même si, à certains moments vous serez découragé, placez une action après l’autre, sans précipitation, avancez pas à pas, et même si vous ne réalisez pas complètement ce rêve, vous vous en approcherez.

Alors oublions l’incertitude, les si, les peut-être… Enfin essayons !

Gilles Legardinier

Emprunté à l’aveugle sur une étagère, lors d’un manque de lecture « détente », Complètement cramé m’a happée. J’ai découvert cet auteur plus que sympathique et dans la foulée ai lu un deuxième roman.

Des histoires qui se tiennent, dont on a envie de savoir la suite, des personnages attachants avec, tous, ce grain de folie qui pimente la vie. Des sentiments que l’on connaît, une vision de la complémentarité des hommes et des femmes, de l’amitié et de la solidarité qui donne foi en la vie.

Avec beaucoup d’humilité et de simplicité, il nous raconte la vie de certains de nos contemporains, la locataire du dessous ou le voisin d’en face, le collègue de travail ou la boulangère de la rue. Avec beaucoup d’humour, il nous entraine dans des histoires parfois rocambolesques mais auxquelles on croit car il pourrait nous prendre l’envie de suivre ses personnages. Sans prétention, il nous offre de beau moment d’évasion dans leurs vies et pourtant ces livres cachent des réflexions profondes sur l’humanité et quelques vérités que l’on pourrait afficher. On sent que l’homme derrière la plume aime rire et sourire, porte son attention sur ceux qui l’entourent, écrit pour notre plaisir. Et on a très envie de le retrouver pour de nouvelles aventures garantes de belles escapades hors de notre réalité !

Dans l’air et sur l’eau…

Cet été nuageux et pluvieux a quand même connu de belles éclaircies ! Avec l’art du chat qui retombe sur ses pattes, nos vacances de dernières minutes ont été déconnectantes à souhait ! Suite à une fraternelle et amicale proposition nous avons embarqué à bord du Jacanda, voilier racé de 40 pieds.

Air et eau

A peine le pied posé à bord, vous êtes ailleurs, dans un autre univers où le temps et l’espace se mesurent différemment. Vous vivez au rythme du vent et des vagues, perdez vos repères habituels. Vous vous réappropriez le rythme du soleil et de la nature. Allant de crique en crique, d’île en île, d’endroit magnifique en lieu magique, souvent accessibles que par l’eau parfois en marchant, vous ne côtoyez que des « marins » surtout le matin et le soir. Vous dormez bercés par le léger clapotis du bateau, vous vous réveillez avec la lumière pour plonger dans l’eau turquoise et salée qui vous entoure, vous buvez votre café chauffé par les premiers rayons de l’astre roi, vous laissez l’air vous caresser, les odeurs vous pénétrer…

Bien sûr il faut parfois s’activer pour monter ou affaler les voiles, déposer l’ancre, nouer des bouts ou tirer sur des drisses, mais l’exercice est alors bienvenu et vous sentez une certaine fierté à participer aux manœuvres pour que le voilier fende les flots. Et même si, une fois à terre, vous avez tangué pendant de longues heures, vous êtes prêts à remonter à bord à la première occasion pour revivre ces moments hors du monde « civilisé » !

Alexandre Hollan

Encore un coup de cœur ! Entraînée par une amie, (j’avoue je n’avais jamais entendu parlé de ce peintre !) je suis allée voir l’exposition « 30 ans de vies silencieuses » au musée Hébert de l’autre côté à La Tronche.

Courez-y (pour ceux qui peuvent !) même si l’exposition dure jusqu’au 3 novembre car vous aurez surement envie d’y retourner ! Les aquarelles sont incroyables. Rien d’évanescent ici. De la couleur, de la matière, de la lumière. Ces vies silencieuses -natures mortes bien vivantes !- vibrent. le papier a été caressé, frotté, lissé. On sent le travail patient de l’artiste, son regard posé sur les choses, la recherche de la lumière dans la couleur. Les formes s’effacent pour révéler l’oeuvre. On ne fait que deviner le fruit, le vase ou la bassine percée, on s’approche pour scruter le grain ou la trame du papier, on s’éloigne pour englober la composition, on se recule encore pour se laisser porter par la magie et la beauté de ces peintures. L’art contemporain oublie souvent l’art de peindre au profit de concept parfois obscur au spectateur non averti. Pourtant la peinture a encore beaucoup de choses à nous dire… Ici il suffit de regarder, d’admirer.

Si vous avez un peu plus de temps, écoutez l’artiste parler de son regard. L’homme semble doux et humble (il l’est surement !) Sa voix au léger accent (né hongrois il vit en France depuis presque 60 ans) explique avec patience le genèse de ses œuvres. On sent le travail sous-jacent à chaque oeuvre. On le voit manier le pinceau, le fusain, la gomme. On admire sa main qui passe et repasse pour révéler ce que les yeux ne voit pas. Et on aperçoit une autre période de son oeuvre : les arbres. Prenez encore quelques minutes pour traverser et allez au deuxième étage de la maison en admirer quelques uns. Vous verrez que le noir est couleur !

Marie Piriou

Affiche-ptits-joueurs-MariePiriouMarie est un petit bout de bonne femme pleine de talent ! Découverte il y a quelques années, une de ses merveilleuses peintures habite notre maison… Maitrisant son chemin, elle continue à peindre avec son cœur et c’est à l’occasion d’une nouvelle exposition que j’ai eu l’envie de vous en parler.

Ses toiles vibrent, évoluent et sont surtout consistante ! De la matière, du relief, des couches, des couleurs, des petites filles, des ballons, des clés… elles nous parlent toutes de sentiments connus, parfois enfouis comme l’émerveillement du regard d’un enfant, la douceur de la rondeur d’une joue, le sourire timide du rêveur… Le voyage auquel elle nous invite nous entraine, légers, vers le haut, le ciel et les étoiles pour admirer un petit bout de nature, un regard, un visage, une silhouette.

Bretonne, il vous faudra vous rendre à Nantes pour avoir la chance d’apercevoir une de ses œuvres mais si vous avez l’occasion, ne la manquez pas !

https://www.facebook.com/marie.piriou.peinture?ref=hl

La vie en mieux

De Anna Gavalda

La vie en mieuxElle sait comme personne nous parler des cabossés de la vie, de ceux qui vivent à côté de leur chemin, cherchant un sens à leur quotidien. Et pourtant le cœur de tous ses romans c’est l’espoir, le petit coup de pouce du destin qui change une vie.

Cette fois-ci deux nouvelles sans lien entre elles, deux personnages, Mathilde et Yann, qui ont tout pour être heureux, sans trouver l’étincelle, deux rencontres qui vont chambouler respectivement leur vie, deux histoires qui prennent fin là où tout commence laissant le lecteur rêver la suite de leur destinée.

Avec sensibilité et finesse, l’auteure nous installe dans la tête de ses personnages, nous fait vivre la palette de leur sentiment, nous laisse entendre leur quotidien, oubliant parfois quelques clés pour recoller les morceaux ! Mais qu’importe, on comprend en lisant les mots de chacun, parfois crus, que la vie, qui donne souvent des coups, durs, peut aussi d’une étincelle exploser à condition de l’étreindre, de l’affronter sans courber l’échine. Anna Gavalda écrit sur le monde d’aujourd’hui en partant des détails de vie ordinaire, justes et appropriés. Elle nous fait sourire avec son style pétillant.

Et elle installe l’espoir que tout est possible, qu’il faut rester vigilant pour saisir l’opportunité d’écouter son cœur, de déterrer les trésors et d’embellir la vie, quelle qu’elle  soit. Un bon moment de lecture, sans prétention !

 

Voyage au pays des saveurs…

Et des odeurs, et des couleurs…

D’abord le cadre incroyable et unique, non reproductible, beau dans ce qu’il a d’exceptionnel : une armoire pleine de miroir dans lequel est suspendu un énorme lustre, son petit frère mis en scène entre deux parois de vitre fumée, la moquette épaisse qui rend tous les mouvements feutrées, les verres en cristal de baccarat incroyablement lourd… Tout vous porte ailleurs, dans un univers où le blanc est roi, mise en scène et magnifié.

Ensuite la prose que l’on dépose discrètement sur votre table, celle qui vous laisse le temps de démarrer à votre rythme ce voyage, de saliver avant de gouter, de rêver à l’aide des mots évocateurs de contrées gustatives inconnues de vos papilles.

Le choix fait, il faut se laisser porter, emporter par la magie qui va suivre. Fermer les yeux et humer le fumet qui se dégage de chaque préparation déposée devant vous, admirer la beauté des tableaux culinaires nichés dans des assiettes aux formes surprenantes, prendre le temps de savourer chaque bouchée, silencieusement, laisser exploser les gouts dans votre bouche, se laisser surprendre… DEGUSTER !

Redécouvrir le gout de la tomate ou de la carotte, se laisser étonner par les épices révélateurs, le poivre sauvage de Voatsiperifery, arrivé de Madagascar ou la vanille fumée des iles, croquer ou laisser fondre, passer de la bergamote à la fleur d’oranger, du sureau à la verveine, du gingembre à l’aspérule odorante, de la camomille au thé vert, de l’aneth à la fève Tonka… Tout ça dans une harmonie parfaite.

Pour finir, se promener dans un jardin zen où chaque recoin paisible invite à la rêverie, où la beauté du lieu apporte sérénité et repos. 20 ans ça se fête ! Et cette escapade, où tout est « luxe, calme et volupté », restera gravée dans nos mémoires…

L’exception

De Audur Ava Olafsdottir

L'ExceptionUn roman inclassable, un style inimitable, c’est mon coup de cœur du trimestre !

Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu un livre avec autant de plaisir me laissant porter, emporter dans un univers où le soleil ne perce que quelques heures par jour. On suit la ronde des personnages, hors norme et attachants, autour de Maria dont la vie bascule un soir de réveillon mais qui continue à avancer avec esprit et humour, espoir et conviction. Sur fond d’hiver polaire, cette jeune femme rayonnante se voit bousculer par le destin et s’étonne de ce qui lui arrive tout en cherchant les signes précurseurs. Soutenue par Perla sa voisine naine et psychologue et un jeune étudiant en ornithologie qui la vénère, elle va prendre la vie comme elle vient et tenter d’organiser le chaos.

L’écriture est joyeuse, on y trouve humour et poésie. La dernière page lue, on garde de la tendresse pour ce livre, son auteur, qui avec une grande délicatesse nous fait voir l’extrême beauté de la vie malgré les coups durs. Une Exception dans le monde littéraire !

The Face of Love

Réalisé par Arie Posin

the face of loveNous avons été voir ce film sans préavis ni réflexion, sur un coup de tête. Merveille du hasard !

Ce film est d’une beauté époustouflante, l’image, la lumière, la bande son. Les acteurs sont d’une présence incroyable, laissant transparaitre sur leur visage la profondeur des sentiments. Annette Bening est splendide et tellement habité par son défunt mari que l’on comprend la folie qui l’emporte. Ed Harris, solide et fragile à la fois, est touchant et mystérieux tout comme Amy Brenneman qui dans le rôle de son ex-femme, discrète et pourtant présente est exceptionnelle.

Bien sûr on peut trouver l’histoire absurde, ne pas y croire mais la prestation des deux acteurs principaux sobre et émouvante est formidable. Les yeux d’Annette Bening, son sourire, son visage sont plus qu’éloquents, les rides assumées d’Ed Harris sont touchantes. Pour ceux qui se laisseront emporter par le scénario calme et précis, le film est bouleversant. A voir en VO bien évidemment !