Les bourgeois

d’Alice Ferney

Dès les premières lignes de ce magnifique roman vous savourez le style si juste de l’auteur, son incroyable capacité à décrire ce que vous avez déjà ressenti en pareille circonstance.

Cette fresque familiale qui nous raconte le XXème siècle du côté de l’intime, des ressentis, des joies et des blessures d’une fratrie nombreuse d’un milieu favorisé, ne juge pas, raconte, tout simplement, par petites touches, l’histoire.

Ils se nomment Bourgeois et le sont, chacun prenant sa place dans cette société bourgeoise et accompagnant à leur manière toutes les évolutions historiques et sociales de la Grande guerre à Mai 1968 en passant par la décolonisation. Leurs existences s’entremêlent à la marche de la France, leur démultiplication familiale nous raconte par l’engagement de chacun les grandes étapes du siècle. Ces destins individuels nous révèlent les événements sous un jour singulier, les erreurs et les non-dits, les choix discutables qui ne le sont qu’à la lumière des faits qui ont suivis. Captivant, ce roman analyse nos racines sans jugement à travers cette incroyable famille nombreuse.

« Prendre la mesure de la continuité autant que de l’épaisseur des années révèle l’évolution des connaissances, des regards et des comportements et souligne comment chaque époque détermine les esprits. Il m’est venu en écrivant un sentiment de fraternité envers ceux qui nous ont précédés et ceux qui nous succéderont, dans ce XXième siècle lui aussi déchiré de violences. » Alice Ferney

 

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2017 s’en est allé…

Année 2017 peu productive ici, pourtant bien remplie voire débordante ailleurs. J’ai fait le bilan : 6 articles publiés… Pas de quoi être fière, une moyenne d’un tous les deux mois : peut mieux faire. Je n’ose pas relire les articles plus anciens où je vous promettais de venir plus souvent partager mes découvertes, et pourtant il y en a eu.

J’aurai pu vous parler des Pouilles, cette région du talon de l’Italie où le ciel est si bleu et les légumes si goûteux, de Grenade redécouverte après de longues années, de Guernesey et en particulier de la visite chez Victor Hugo, de la Manche déchaînée et du vent dans les voiles, du Mont Saint Michel pour la première fois admiré (il était temps !), des plages de Normandie et des cimetières alentours, du Havre et de sa merveilleuse bibliothèque d’Oscar Niemeyer, de Bologne la « ville rouge » au centre historique médiéval et à la gastronomie à se damner découverte par une chaleur étouffante, de Palma et de ses rues sinueuses dominées par son incroyable Sé et des paysages grandioses de Majorque découverts sous le doux soleil de début novembre, du domaine de château La Coste où les œuvres parsemés dans la campagne dialoguent avec un gigantesque paysage provençal… J’aurai aussi pu vous parler du temps qui file, des journées trop courtes, des petits et grands soucis de ceux qui sont parents mais aussi de leur grand bonheur, de la satisfaction du travail accompli et des missions réussies, des rencontres de l’année et de leur richesse, des découvertes livresques, cinématographiques ou théâtrales… Bref j’aurai pu en écrire des articles ! J’ai beau me dire qu’il me faut plus de discipline, d’assiduité je ne veux rien vous promettre.

« I do not write, I build » écrivait Alvar AALTO. Cette petite phrase trouvée au détour de cette merveilleuse promenade dans le domaine du château La Coste a fait écho. Je lai trouvé à double sens, si simple et si complexe en même temps. Est-ce qu’il n’écrit pas pour construire ou est-ce qu’il associe l’acte d’écrire et celui de construire ? est-ce qu’en écrivant il construit ? Je n’ai pas la réponse et c’est surement ce qui me plait dans cette maxime.

Ne pas finir cet article sans vous parler de mon dernier coup de cœur : Aime. Un magazine féminin qui ne ressemble à aucun autre, rempli de belles idées et de beaux projets, parfois encore un peu fouillis mais qu’on a envie de lire, plus que de feuilleter. Moi qui suis allergique à pas mal de presse celle-là m’attire, me distrait, m’instruit, me fait réfléchir, me pose question, me conforte, m’intrigue… bref ne me laisse pas indifférente. J’ai même ragé contre le facteur qui m’a laissé un numéro sous la pluie, grrrrr ! Illisible, quel dommage. Né d’un beau collectif, d’une belle énergie, souhaitons longue vie à ce petit magazine (par la taille seulement, bien pratique) auquel on aurait envie d’apporter sa contribution !

Et pour finir, 2018 a commencé. Je vous souhaite à tous, lecteur régulier, occasionnel ou par hasard, de vivre cette année intensément, d’en savourer chaque minute, chaque rencontre, chaque découverte et de continuer la tête haute. Et un petit cadeau à s’approprier, cette phrase de Nelson Mandela lue dans le bureau d’un client :

« Je ne perds jamais : soit je gagne, soit j’apprends » 

Bakhita

de Véronique Olmi

C’est peut-être l’histoire d’une enfant arrachée aux siens pour devenir la possession d’être sans humanité, peut-être aussi le récit de la violence et de la torture gratuite, de l’esclavage avec tout ce que ce mot peut comporter d’horreur. C’est sans doute l’histoire des guerres qui se succèdent sans que l’une empêche la suivante malgré les pertes et les chagrins, l’histoire des possessions qui ne rendent pourtant pas heureux… Bien sûr ce roman est un peu de tout ça. Mais c’est surtout l’histoire « merveilleuse » de l’enfance heureuse qui construit une vie, de l’amour avec un A majuscule, du don de soi sans limite, d’une rencontre entre un être bafoué et un Dieu plus grand que tout dans son accueil et son amour de l’autre, quel qu’il soit.

On ferme ce livre et Bakhita nous accompagne, on voudrait lui confier nos doutes et nos souffrances, nos joies aussi, à elle qui su sourire et aimer malgré tout…

Un très beau livre, merveilleusement bien écrit, un coup de cœur !

Iliade et Odyssée

de Pauline Bayle

Par un magnifique après midi d’automne où le soleil éclairait les reliefs d’une façon magique et envoûtante, appelant à parcourir les chemins ensoleillés, nous avons malgré tout pris le chemin d’une salle sans fenêtre pour aller découvrir cette, ou plutôt ces pièces magnifiques.

En attente, debout, devant une salle fermée, nous nous demandions ce qui nous avait pris de réserver des places de théâtre un samedi en pleine journée… Et pourtant, lorsque les premières voix s’élèvent, elles vous emmènent hors du temps, vous font voyager à travers un texte magnifique, déclamé avec une force et une énergie incroyable, rendant ce texte d’Homère limpide et vivant ! Ce chœur qui se fait écho, ces voix qui s’entremêlent révèlent l’épopée d’Achille puis d’Ulysse, ces destins hors du commun révélant l’humanité de ces héros, brisés par la mort d’un proche, l’absence d’un être aimé, prêts à tout pour retrouver le bonheur et échapper aux souffrances, pour retrouver la paix.

Cette jeune femme polyvalente, actrice, auteur, metteur en scène… nous rend accessible une oeuvre difficile bien qu’universelle. La jeunesse, l’énergie et la modernité de ces pièces nous livre sur un plateau la complexité de ces hommes partis au combat dont ils essayent de revenir… A voir, vraiment !

Otages intimes

de Jeanne Benameur

Voilà bien longtemps que je n’ai rien publié… manque de temps en premier lieu mais peut-être aussi manque de coup de foudre !

Et le voilà ! Je viens de dévorer ce roman de Jeanne Benameur qui m’a littéralement pris en otage pendant 24 heures. Un petit bijou d’écriture qui vous entraîne au cœur des personnages, de leur histoire intime, de ce qu’ils ne peuvent pas dire. Pas de parti pris, pas de jugements, juste les faits, les ressentis. Une enfance partagée dans un village au milieu de la forêt, une amitié forte et puissante, des départs, des attentes et le cloisonnement qui rend fou, faible, terrorisé… Une poésie dans toutes les phrases, des virgules aux majuscules. Une vision du monde lucide mais où pourtant réside l’Espoir.

Un petit opuscule à savourer sans modération !

Colateral beauty

collateral_beauty_posterLe hasard fait parfois si bien les choses ! Soirée en solitaire, fatiguée après plusieurs heures de réunion, partisane pour une fois du moindre effort, j’ai plus ou moins cliqué à l’aveugle sur un film à visionner et suis tombée sur cette perle, une pépite magnifique servie par des acteurs exceptionnels, qui parle de la mort, du temps, de l’amour… encore sous le coup de l’émotion, rien à ajouter. Regardez-le !

Yaël Naim… et le quatuor Debussy

Quelle belle coïncidence de démarrer l’année avec un concert de cette israélienne talentueuse et généreuse. Hier soir à la Rampe à Echirolles, un moment de pure magie où la Musique (oui avec un grand m) était reine, où l’émotion plus que palpable a emporté un public hétéroclite. Cette voix hors du commun dialoguant avec les cordes du quatuor, sans oublier l’étincelle magique de David Donatien qui accompagne la chanteuse, l’ « arrange » et la révèle dans toute sa plénitude. Intensité, complicité et sensibilité pour un concert d’exception donné par des artistes accomplis. Tous les instruments trouvent leur place, du xylophone au son clair au djembé au rythme endiablé, de la guitare au violoncelle, du piano au violon, de l’alto à la batterie… La rencontre du classique et de l’univers de cette artiste inclassable, où chacun sublime l’autre dans une alchimie exceptionnelle.

Malheureusement, c’était l’avant dernière date, la finale est ce soir à Porte les Valence, mais si vous avez l’occasion d’aller voir Yael Naim en concert courrez-y, avec ou sans le quatuor, je suis sure que vous passerez un moment musical inoubliable.