Otages intimes

de Jeanne Benameur

Voilà bien longtemps que je n’ai rien publié… manque de temps en premier lieu mais peut-être aussi manque de coup de foudre !

Et le voilà ! Je viens de dévorer ce roman de Jeanne Benameur qui m’a littéralement pris en otage pendant 24 heures. Un petit bijou d’écriture qui vous entraîne au cœur des personnages, de leur histoire intime, de ce qu’ils ne peuvent pas dire. Pas de parti pris, pas de jugements, juste les faits, les ressentis. Une enfance partagée dans un village au milieu de la forêt, une amitié forte et puissante, des départs, des attentes et le cloisonnement qui rend fou, faible, terrorisé… Une poésie dans toutes les phrases, des virgules aux majuscules. Une vision du monde lucide mais où pourtant réside l’Espoir.

Un petit opuscule à savourer sans modération !

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La grand-mère de Jade

la grand mere de jadede Frédérique Deghelt

Un livre emprunté par hasard, une histoire qui m’a emportée dès les premières lignes, un style fluide et léger.

Entre l’amour d’une petite-fille de 30 ans, un peu perdue dans un monde consumériste et zappeur, et une grand-mère aimante qu’elle va sauver de la mise en maison de repos, entre une lectrice accomplie et une écrivaine en herbe, entre un amour passionné de jeunesse et celui plus sage et prudent du grand âge, un livre comme je n’en avais pas lu depuis longtemps, une merveille ! Au fil des pages, on ne sait plus qui sauve l’autre, qui aide et prend soin, on se régale de l’écriture, on approche la sagesse de l’âge et la fraîcheur des découvertes de la jeunesse, sans opposition, sans conflit mais avec une curiosité mutuelle.

Une histoire que l’on voudrait vraie, un prologue que l’on voudrait ne pas avoir lu… Effectivement seul ombre au tableau de ce bel ouvrage, qui vous fait atterrir sans ménagement dans un monde cruel où on laisse seul les gens qu’on aime.

Réparer les vivants

de Maylis de Kerangal

couverture du livre "réparer les vivants"

couverture du livre « réparer les vivants »

Bon je n’ai pas eu le temps d’écrire cet été par contre j’ai pris celui de lire, verbe indissociable pour moi du mot vacances !

Dans les ouvrages que j’avais sélectionnés celui de Maylis de Kerangal est probablement le plus fort, celui qui pose le plus de questions. Ce livre m’a mis face à mes certitudes, à ébranler mes convictions. Sur le sujet délicat du don d’organe, l’auteure fait tourner son histoire entre plusieurs protagonistes, nous montrant sous plusieurs angles différents les faces d’un même fait, drame pour les uns, défis pour les autres, espoir encore, empathie…

Un livre magnifiquement écrit où l’on sent l’urgence de la prise de décision, la précision de l’acte et de l’organisation, la difficulté des choix de toute une chaîne humaine mobilisée pour cette prouesse de transplantation. Ce don qui engendre la vie, en tout cas une vie meilleure et plus longue, part d’une douleur inénarrable, celle du départ d’un proche. Donner un organe, oui, donner celui de son enfant ?

« Réparer les vivants est le roman d’une transplantation cardiaque. Telle une chanson de geste, il tisse les présences et les espaces, les voix et les actes qui vont se relayer en vingt-quatre heures exactement. Roman de tension et de patience, d’accélérations paniques et de pauses méditatives, il trace une aventure métaphysique, à la fois collective et intime, où le cœur, au-delà de sa fonction organique, demeure le siège des affects et le symbole de l’amour. »

Bref, j’ai adoré ! A lire absolument…

Des « Vertiges » au « Chagrin »…

de Lionel Duroy

Étrange sensation en lisant ces deux ouvrages à quelques mois d’intervalles que celle de relire la même histoire avec des angles différents, des sentiments autres, des prénoms et des points de vue changés. Et pourtant la même impression de suivre un être un peu fou, traumatisé par une enfance chaotique entre une mère hystérique et un père se débattant pour la satisfaire. Un être qui cherche l’amour tout en le fuyant, perdu dans le labyrinthe de ses sentiments et de ses contradictions.

Lus dans le désordre, ces deux livres m’ont donné la sensation de regarder par le trou d’une serrure, de décortiquer un cœur qui n’était pas le mien,de plonger au sein de l’intimité d’un inconnu qui nous livre sans pudeur jusqu’à ses pires bassesses. Décortiquant son histoire, presque minute par minute, il nous livre sa vie sentimentale dans l’un, son enfance dans l’autre, les deux se croisant inlassablement. On comprend que ses proches y est vu une sorte de viol, d’indécence de livrer aux yeux de tous cette histoire intime… Et pourtant la puissance du style et de l’écriture nous pousse à continuer, à tenter de comprendre ce qui pousse l’auteur à creuser toujours plus loin, à se souvenir, à continuer à coucher les mots sur le papier, narrant ses faits et gestes, à la fois dedans et spectateur les décrivant avec calme et froideur, cherchant surement à comprendre le moment où les choses changent, basculent.

Impudique, parfois blessant pour ses proches, on le prend presque en pitié de s’isoler ainsi, par son souci de l’exactitude qui n’a peut-être pas lieu d’être dans les relations humaines. Incapable de légèreté, rongé par la culpabilité, déprimé, il fait fuir ceux qui l’aiment. Et seule la littérature semble le tenir debout.

Cela semble sombre, mais ces lignes valent le coup d’être lu. On comprend comment l’enfance peut marquer à jamais une vie.

En avant toutes

En avant toutesde Sheryl Sandberg

Les femmes, le travail et le pouvoir

Une amie m’a conseillé ce livre et j’avoue que je l’ai acheté un peu septique, ne croyant pas, comme ont pu le constater ceux qui ont lu mon billet du 8 mars, journée de la femme, à l’égalité entre l’homme et la femme mais plutôt à leur complémentarité. Pourtant à peine la préface de Christine Lagarde lue, j’ai été absorbé par sa lecture, lisant chaque page comme une évidence mais qui avait le mérite d’être écrite.

Sheryl Sandberg, qui a fini par admettre qu’elle était féministe (si être féministe est défendre la place des femmes et leur libre arbitre), pense en toute lucidité que les femmes ont leur rôle à jouer dans le monde, qu’elles ont droit de choisir leur voie et que rien ni personne devrait leur en imposer un. Elle nous dit à toutes d’oser nous asseoir à la table et de de ne pas partir avant d’y être obligée et de l’avoir choisi.

Elle sait que nous, les femmes, nous sous-estimons, trouvons tous les arguments pour ne pas relever le défi qui nous est proposé, contrairement à nos hommes qui foncent et verront après. Elle ne dit pas que c’est simple, ni facile, mais elle nous pousse à accomplir ce que nous voulons parfois sans le savoir et surtout à élever nos filles avec cet idée, à les aider à s’accomplir, à réussir, tout comme on le ferait pour nos garçons.

Lisez ce livre, faites le lire autour de vous, aux femmes bien sûr, aux filles mais également aux hommes car que peut-on accomplir sans un bon partenaire ? Il devrait être obligatoire pour tous avant de se lancer dans la vie active voire universitaire.

Et pour ceux qui n’auront pas le courage d’aller jusqu’à le lire, allez au moins regarder ces conférences TED, en plus elle a de l’humour !

06h41

06h41de Jean Philippe Blondel

C’es l’heure d’un train, d’un train qui emporte des provinciaux vers la capitale, des hommes et des femmes pas tout à fait réveillé qui s’y rendent pour un rendez vous ou une semaine de travail. L’heure du train aussi qui ramène vers Paris ceux qui s’en sont éloignés pour le weekend.

C’est dans ce train que se retrouvent côte à côte deux anciens amants, vingt sept ans après leur séparation. S’ignorant physiquement mais se rejoignant mentalement en revivant cette histoire. Étranges retrouvailles pas vraiment souhaitées mais troublantes pour l’un comme pour l’autre. Silencieux et confus, ils vont revivre intérieurement une partie de leur vie, de leurs choix, de leurs échecs et de leurs victoires.

On passe de la tête de l’un à celle de l’autre, des sentiments de l’un à ceux de l’autre. C’est bien écrit, fluide, sobre. Jean Philippe Blondel et sa plume nous font vivre ce huis clos, orchestrent les deux monologues qui se répondent : tension, rancœur, honte, frustration. Chacun se remémore un passé enfoui, s’interroge sur ses improbables bifurcations, laisse les souvenirs enfouis refaire surface et analyse les mutations qu’elle a provoqué dans leurs parcours respectifs. Le temps de ce trajet, coincé l’un à coté de l’autre dans ce train bondé, s’ignorant, on découvre ces deux êtres aux cheminements quasiment inverse.

On a l’impression d’être dans ce train avec eux et quand on aime voyager en train… Un voyage immobile et délectable (merci Corinne pour ce joli cadeau ! ;-)!).

 

Le Roman d’Ernest et Célestine

livre de Daniel Pennac aux éditions casterman

Certains d’entre vous connaissent surement Ernest et Célestine, ces deux personnages esquissés au pinceau, héros de la littérature enfantine et créé par Gabrielle Vincent, artiste belge aux multiples talents. D’un trait sobre, d’une couleur tendre, proche de la sanguine ou du brun terre ces deux silhouettes, un ours et une souris sont « aquarellés » avec douceur. Nés dans les années 80, ces deux amis, dont on peut suivre les aventures sur une vingtaine d’année, jusqu’au décès de l’auteure, sont attachants par leur différence.

D’autres ont entendu parler ou vu le film éponyme réalisé par Benjamin Renner, Vincent Patar et Stéphane Aubier en 2012, film d’animation inspiré des aventures d’Ernest et Célestine. J’avoue ne pas l’avoir vu, n’ayant pas trouvé d’alibi à l’époque pour aller voir ce long métrage pour enfant…

Mais quand j’ai vu au rayon jeunesse d’une librairie le roman de Daniel Pennac, dont j’ai appris plus tard qu’il avait écrit le scénario du film précédemment cité, avec sa couverture toute sobre, illustrée par une tendre câlin de ces deux inséparables, plus d’excuse possible, je l’ai acheté !

J’avoue ici que j’ai une très grande admiration pour cet auteur, son humanité et le regard qu’il pose sur la vie. J’ai eu l’occasion de le rencontrer puisqu’il présidait le jury du livre Inter dont j’ai fait partie, et ses dédicaces qu’il a dessiné sur les différents livres que je lui ai présentés reste des trésors et un souvenir que je chéris.

Ceci dit pour expliquer que je ne suis peut-être pas objective sur mon appréciation de ce que je considère comme un petit bijou ! J’ai aimé le ton du livre, le dialogue entre l’auteur, le lecteur et les personnages, cet hommage rendu à la peintre qui a crée Ernest et Célestine, encore plus attachants quand on sait comment ils se sont rencontrés !