La vie en mieux

De Anna Gavalda

La vie en mieuxElle sait comme personne nous parler des cabossés de la vie, de ceux qui vivent à côté de leur chemin, cherchant un sens à leur quotidien. Et pourtant le cœur de tous ses romans c’est l’espoir, le petit coup de pouce du destin qui change une vie.

Cette fois-ci deux nouvelles sans lien entre elles, deux personnages, Mathilde et Yann, qui ont tout pour être heureux, sans trouver l’étincelle, deux rencontres qui vont chambouler respectivement leur vie, deux histoires qui prennent fin là où tout commence laissant le lecteur rêver la suite de leur destinée.

Avec sensibilité et finesse, l’auteure nous installe dans la tête de ses personnages, nous fait vivre la palette de leur sentiment, nous laisse entendre leur quotidien, oubliant parfois quelques clés pour recoller les morceaux ! Mais qu’importe, on comprend en lisant les mots de chacun, parfois crus, que la vie, qui donne souvent des coups, durs, peut aussi d’une étincelle exploser à condition de l’étreindre, de l’affronter sans courber l’échine. Anna Gavalda écrit sur le monde d’aujourd’hui en partant des détails de vie ordinaire, justes et appropriés. Elle nous fait sourire avec son style pétillant.

Et elle installe l’espoir que tout est possible, qu’il faut rester vigilant pour saisir l’opportunité d’écouter son cœur, de déterrer les trésors et d’embellir la vie, quelle qu’elle  soit. Un bon moment de lecture, sans prétention !

 

L’exception

De Audur Ava Olafsdottir

L'ExceptionUn roman inclassable, un style inimitable, c’est mon coup de cœur du trimestre !

Voilà bien longtemps que je n’avais pas lu un livre avec autant de plaisir me laissant porter, emporter dans un univers où le soleil ne perce que quelques heures par jour. On suit la ronde des personnages, hors norme et attachants, autour de Maria dont la vie bascule un soir de réveillon mais qui continue à avancer avec esprit et humour, espoir et conviction. Sur fond d’hiver polaire, cette jeune femme rayonnante se voit bousculer par le destin et s’étonne de ce qui lui arrive tout en cherchant les signes précurseurs. Soutenue par Perla sa voisine naine et psychologue et un jeune étudiant en ornithologie qui la vénère, elle va prendre la vie comme elle vient et tenter d’organiser le chaos.

L’écriture est joyeuse, on y trouve humour et poésie. La dernière page lue, on garde de la tendresse pour ce livre, son auteur, qui avec une grande délicatesse nous fait voir l’extrême beauté de la vie malgré les coups durs. Une Exception dans le monde littéraire !

Le Chardonneret

De Donna Tartt

 

ChardonneretJ’ai emprunté ce pavé par hasard, attiré par l’oiseau de la couverture, séduisant et si léger comparé au poids du livre. J’ai attendu un moment avant de m’attaquer aux 800 pages, encombrantes et presque décourageantes… Je suis rentrée difficilement dans l’histoire, sombre, m’attachant pourtant peu à peu au héros Théo, et à ce minuscule Chardonneret grâce auquel il survit malgré un sort peu clément. Je ne savais rien de Carel Fabritius, ce peintre flamand du XVIIème siècle, avant de lire ce livre, rien de son petit oiseau lumineux qui pourtant éclaire tout le roman de son mystère.

Théo, jeune garçon new-yorkais se voit arracher sa mère lors d’un attentat dans un musée. Hagard et ne réalisant pas vraiment ce qui vient de se passer il sort par une porte dérobée avec cette petit toile qu’il conserve cachée comme un trésor qui lui donne la force de continuer à vivre. On attend un dénouement pour cette merveille cachée, on veut savoir ce qu’il adviendra de ce tableau recherché par toutes les polices du monde. Mais le roman retrace la dérive de Théo, son amitié pour Hobbie puis pour Boris, son amour sans avenir pour Pippa, également rescapée de l’attentat, sa vie chez les Barbour, les drames qui ponctuent son existence. Parcours chaotique suite au traumatisme, les descriptions sont parfois pesantes tant la noirceur envahit la vie du jeune homme.

Entre vérité et mensonge, entre sincérité et fourberie, entre mémoire et oubli, le suspense qui s’installe peu à peu m’a fait aller jusqu’au bout de ce livre bavard et fastidieux à lire. Effectivement le style est précis et fin, l’écriture agréable mais les détours pris, les descriptions et les détails m’ont donné l’impression que le livre ne se terminerait jamais et il m’a fallu de la persévérance pour aller jusqu’au bout… Ce récit interminable d’un pessimisme absolu se termine malheureusement en queue de poisson.

Le livre refermé, la lecture achevée, j’ai quand même eu la curiosité d’en savoir plus et sur l’auteur et sur l’œuvre. Prix Pulitzer 2014 (quand même !), critiques dithyrambiques de nombreuses personnalités, j’ai eu l’impression de ne pas avoir lu le même livre… je vous laisse donc juger par vous-même, mais une chose est sure, le tableau de Fabritius a quelque chose d’envoûtant qu’il faut découvrir !

Merveille (Wonder)

de RJ. Palacio

couverture du livre Wonder de RJ PalacioCe roman jeunesse porte bien son titre et est effectivement une vraie merveille ! Emprunté par hasard pour un fils en mal de lecture, je l’ai lu à mon tour après son retour positif et j’ai adoré ce livre plein de sensibilité, d’émotion, d’amitié et d’amour. Un jeune garçon, à l’humour mordant, fait son entrée à l’école en 6 ème n’ayant pas été scolarisé jusque là pour des raisons médicales… Né avec une malformation faciale, son visage hors norme lui vaut réactions horrifiées et moqueries. Il saura pourtant faire face, se sentant un garçon ordinaire, comme les autres. On s’attache à Auggie, à sa famille, a ses camarades, on pleure (vraiment !) et on rit avec eux, on souffre aussi de la bêtise humaine mais on se réjouit de voir que la bonté l’emporte. Le style simple et sincère nous entraîne dans la tête de six des protagonistes de l’histoire de ce petit garçon courageux et merveilleux. Récit à plusieurs voix, où chacun peut exprimer ce que cette difformité engendre dans sa vie, c’est un livre à mettre entre toutes les mains, vraiment toutes pour aimer et regarder différemment tous les « Auggie » que nous croisons ! Un roman qui vous accompagne même les dernières lignes parcourues. Une MERVEILLE !

Plonger

de Christophe ONO-DIT-BIOT

 

couverture du livre Plonger de Christophe Ono-Dit-BiotComme ce livre porte bien son titre ! A peine les premières lignes effleurées, j’ai plongé dans ce récit d’un père à son fils, où perce l’amour inconditionnel de l’un pour l’autre, le désir de le voir grandir en gardant l’équilibre dans un monde en mouvement, la volonté d’être honnête avec lui, qu’il sache qui était sa mère.

Récit d’un coup de foudre, d’une passion de César pour cette belle espagnole insaisissable, Paz, indépendante, sauvage. De cet amour est né Hector, dont le prénom héroïque résonne après le récit de sa naissance… mais qui ne sera retenir sa mère en quête de beauté, d’ailleurs, d’air. Pour son fils, malgré la douleur et la peur, César va chercher à comprendre la disparition de cet être solaire, de cette artiste talentueuse et rebelle.

A part quelques clichés, cette histoire où se mêlent l’art et la passion parfois violente de ces deux êtres est formidablement bien écrite. Il y est question d’amour bien sûr mais aussi de liberté, de création, de regard, d’eau et de mort… L’auteur en profite pour décortiquer un peu notre société, son évolution dans une Europe qu’il dit déclinante et qui étouffe Paz au point de la faire fuir. Rien de naïf dans cette très belle histoire d’Amour mais une puissance, un feu qui peut détruire. Et des pages incroyables qui donnent vraiment envie de voyager, de parcourir les Asturies, de retourner à Venise et ailleurs… Une très belle escapade !

 

La revanche du rameur

de Dominique Dupagne

couverture de la revanche du rameurEncore un livre plein d’espoir… En tout cas qui donne envie de continuer à ramer malgré ceux qui nous en empêchent pour vaincre un mal dominant !

Dominique Dupagne, médecin, sensible au mal être de ses patients souffrant de l’aliénation sociale régnante dans le monde du travail aujourd’hui, nous décrypte dans cet essai le fonctionnement actuel de notre société. Des dominants dominent des dominés, dans un système hiérarchique vérolé par un ensemble de procédures soit disant au service de la Qualité. Il y analyse cette société obsédée par les normes mais des/organisée, qui opprime l’humain, le castre et tend souvent vers l’absurde. Malgré l’arrivée de la démocratie donnant le pouvoir apparent au peuple, certains continuent à dominer à la tête du pouvoir.

Heureusement une r/évolution est en cours avec internet et le web 2.0 qui redistribue le lien social de manière complexe et riche. Il influence petit à petit et de plus en plus l’organisation de notre société. Sur cette toile le pouvoir est à tous, contrôlé par tous, et chacun peut apporter sa pierre à l’édifice.

Devant ces constats, il espère une société hétérarchique qui tourne le dos au néolithique où le mâle domine pour assurer la pérennité de ses gènes. Il fait confiance aux rameurs pour s’associer au gré des besoins, pour avancer vers un monde où l’humain pourra s’épanouir loin des dominants égoïstes.

Tout cela peut sembler compliqué mais le livre est bien écrit, fluide et ponctué de cas concrets et de fables explicites. L’ensemble du propos est vraiment très intéressant.

Si vous avez le sentiment que nous marchons sur la tête, sans espoir de pouvoir changer quoi que ce soit, lisez-le ! Il redonne espoir et nous invite à utiliser à bon escient ce nouvel outil r/évolutionnaire que représente internet Il nous met au défi d’agir !

http://www.larevanchedurameur.com/

Petite Poucette

de Michel Serres

Couverture du livre petite poucette

On m’a offert ce livre pour l’espoir qu’il porte d’un monde nouveau.

A la fois léger, quelques quatre-vingt pages vites parcourues, et pourtant dense, tant leur contenu demande de lucidité, il faut le lire et le relire pour entrer dans la réflexion de Michel Serres, décortiquer le texte pour bien comprendre ce que cette « Petite Poucette » a de si précieux et si aimable.

Dans un monde où tout a changé, le rapport au temps et à l’espace, au savoir et à la vie, Michel Serres nous présente cette nouvelle « individu » – dont la dextérité des pouces sur téléphone et autres écrans tactiles donnant accès à la Toile lui donne ce surnom affectueux -qui agit, pense et invente à des années lumières de ses ancêtres. Cette petite Poucette qui n’a plus de sentiment d’appartenance dans ce monde multiculturels, bouge, chahute, ne fait plus équipe, divorce…

Il nous parle de l’école où on lui enseigne un savoir, qu’elle a à porté de pouces, sans l’intéresser, elle attend quelque chose de nouveau, l’école telle qu’elle est ne lui convient plus. Pour Michel Serres les nouvelles technologies appellent une nouvelle pédagogie. Tout est à refaire, tout reste à inventer ! Avec son ordinateur, qu’il nomme « boite cognitive objectivée », qui contient le savoir, analyse, trie, trouve, il lui reste l’intuition novatrice et vivace. Petite Poucette n’a plus qu’à INVENTER… de nouveaux métiers, de nouvelles relations, une nouvelle société, dont il décrit le changement de paradigme.

Et c’est là que réside l’espoir ! Tout reste à faire et cette armée de petits Poucets évoluent dans une collectivité foisonnante et changeante, volatile à laquelle ils s’adaptent au jour le jour. Ils inventent un monde nouveau, qui certes peut perturber leurs parents et grands-parents mais dans lequel ils pourront s’exprimer.

http://www.liberation.fr/culture/2011/09/03/petite-poucette-la-generation-mutante_758710

Sulak

de Philippe Jaenada

SulakUn personnage réel digne des plus grands romans, un auteur de roman au style pince sans rire, totalement en osmose avec son personnage, ce livre est un régal d’humour et de tendresse.

On sent l’auteur complètement fasciné par son héros, mais d’une honnêteté sans faille. Illustrant son parcours avec les hasards, heureux ou malheureux, qui changent le destin d’un homme, il tente de comprendre pourquoi cet homme brillant s’est retrouvé en marge.

Ce livre, récit de la vie mouvementée et hors norme de Bruno Sulak, gentleman cambrioleur des années 80, qui malgré sa défiance de tout le système judiciaire, ne fit jamais coulé de sang.

Jeune, beau, doué, recherché par toutes les polices de France, séducteur… Philippe Jaenada nous raconte le culot et l’humour de cette homme, et qui nargue, parfois à la limite du raisonnable, celui dont il respecte l’intégrité mais qui rêve de le mettre à l’ombre.

Ce jeune homme généreux, profondément épris de liberté, semble se battre contre l’injustice, le système d’une société gouvernée par le « fric », avec audace. Il fascine tout ceux qui l’approche et reste fidèle à ceux qu’il aime et protège.

Du grand père exilé, au père décoré, des fidèles complices, Yves d’abord, puis Drago et Steve, de la Grande, son alter ego, sa moitié, son amour, de sa famille, sa mère et son amour indéfectible, ses sœurs, son frère, et d’autres encore, Philippe Jaenada, nous parle. Il retrace, avec un ensemble d’anecdotes (dont on cherche parfois le rapport avec Bruno !), et son style, où l’ironie parfois se mêle à des digressions sur ses propres états d’âme, ses années où Belmondo était une star et qui ont bercé son enfance, voire la nôtre.

A la lecture de cette épopée, on comprend que l’auteur soit fasciné par cette homme, et nous, lecteurs, tombons sous le charme : de Bruno, de ses amis, de certains flics et surtout de Philippe Jaenada.

A lire sans hésiter : un voyage dans le temps, un moment de plaisir !

Danse noire

Danse-noirede Nancy Huston

Dès les premières pages, j’ai été un peu paniqué par la danse dans laquelle nous entraîne Nancy Huston. Danse entre les langues, du haut au bas des pages quand on n’est pas trilingue, danse dans le temps, danse entre les personnages dont on ne voit pas le rapport au départ… Puis au fur et à mesure de ma lecture, je me suis laissée entraînée par le rythme de la Capoeira, cette danse brésilienne qui finalement semble l’initiatrice et l’aboutissement de ce livre.

Ces trois destinées que l’on suit au fil des chapitres, l’une après l’autre, chacune avec son rythme et son ambiance, sont finalement liées. Malgré la noirceur de chaque histoire, l’espoir et l’ambition restent dans ces vies non choisies. On s’attache peu à peu au personnage central, Milo Noirlac, scénariste québécois, à la vie chaotique, entre ombre et lumière, qu’il semble subir avec un certain détachement. Révélée par son ami et amant, réalisateur new-yorkais, ce scénario nous révèle la quête d’identité de chaque protagoniste. Le réalisateur ponctue de commentaires le récit rendant vivant et visuel ce film qu’il veut mettre en forme avant la fin de Milo. Ce faux dialogue, puisqu’on ne fait qu’imaginer les commentaires de Milo faible sur son lit d’hôpital, nous révèle le travail et les ajustements nécessaires à toute création. Il nous parle aussi d’Awinita, cette indienne Cri, venue chercher une vie meilleure à Montréal, que Milo ne connaît pas mais dont il détient un héritage immatériel. Et de Neil Kerrigan, cet irlandais exilé, nostalgique de son pays, de sa carrière rêvée d’écrivain enterrée avant l’heure, passionné de Yeats et de Joyce, qui veut à tout prix transmettre son histoire et choisira Milo pour cela. En dire plus serait révéler les ficelles de l’histoire !

Trois récits qui s’entremêlent pour finalement se rejoindre sur le rythme obsédant de la capoeira brésilienne, mi danse mi art martial afro-brésilien. Trois destins qui mettent en scène les questions des origines, de la transmission, de l’héritage culturel, de l’exil, de la solitude, de l’abandon. Cette danse brésilienne symbolise finalement un moyen d’expression compréhensible par tous, loin des barrières de la langue. Les corps parlent bien au-delà des mots. Cette « danse noire » nous entraîne, ce roman qui demande un effort de lecture au départ est riche et dense.

« ta, ta-da Da, ta, ta-da Da, ta, ta-da Da, ta, ta-da Da… »

Un rythme entêtant. Un roman pas facile mais qui mérite que l’on s’y arrête !

Les carnets de Cerise : le zoo pétrifié

de Joris Chamblain et Aurélie Neyret

Les carnets de CeriseUne fois n’est pas coutume, je viens de lire par hasard cet album jeunesse. Une vraie merveille ! Ce beau livre signé Joris Chamblain et Aurélie Neyret se situe entre la bande dessinée et le carnet intime de Cerise, petite fille espiègle et curieuse des gens qui l’entourent. Dès les premières lignes, on a envie d’en savoir plus sur cette demoiselle âgée de dix ans et demi et si lucide sur la vie. Une fois tombé au milieu de ces pages, on savoure l’album jusqu’au dessin final !

Aventure originale et touchante, « le zoo pétrifié » nous ramène en enfance au milieu des dessins colorés d’Aurélie Neyret dont le graphisme enchanteur donne vie aux personnages. Cette histoire (que je vous laisse découvrir !) où se mêlent poésie, tendresse mais aussi suspense et belles valeurs humaines est une vraie réussite.

Un livre que l’on a envie d’avoir dans sa bibliothèque, qu’on a envie d’offrir ! Et bonne nouvelle, le tome II vient d’être publié !