Doisneau

Que faire de ces jours pluvieux ? Comment remplir ce week-end automnal de ce mois de mai ?

Si vous ne l’avez pas encore vu, je vous conseille un petit détour par le musée de l’ancien évêché à Grenoble, pour aller vous plonger dans l’univers frais, simple et rempli d’humour de Robert Doisneau.

L’exposition sur « ses » Alpes, prolongée jusqu’à la fin de l’été, vous entraîne pour commencer dans ces paysages désuets de la première moitié du XX°siècle. Vous sourirez devant les tenues des skieurs, leurs lunettes en particulier, leurs skis aussi, à des années lumières de ceux qu’on utilise aujourd’hui. Vous admirerez l’élégance des femmes, leurs cols apprêtés sur des pulls ajustés. Mais vous serez surtout séduits par la justesse des cadrages, l’évidence de la prise de vue, l’émotion que provoque chaque cliché.

Prenant les Alpes comme décor, il révèle à travers les différents reportage son esprit de dérision avec certaines photos de ses vacances à Laffrey ou encore ses mises en scène du violoncelliste Baquet sur la mer de glace ou au pied du Mont Blanc. Ses reportages à Grenoble ou à Saint Véran révèle un autre visage du photographe, celui de l’homme attentif aux « petites gens » à l’authenticité de leur vie. Et comme un bouquet final ce reportage sur la transhumance d’un troupeau entre le Var et le Mercantour, où l’on sent toute le plaisir de l’homme à suivre les moutons dans ces vastes espaces.

Et s’il ne fallait retenir que deux photos, ce serait celle du petit Pierre, endormi avec ses skis, qui, même si elle a promu l’exposition, garde son charme et sa candeur… Et puis celle de cette moto filant dans les alpages, chargée de ses trois occupants : un chauffeur, un enfant, un chien, se découpant sur un ciel nuageux… Une sensation de voyage, de vitesse, tout en admirant, en savourant le site… On a qu’une envie : les rejoindre et partir avec eux vers d’autres horizons !

Profanes

profanesde Jeanne Bennameur

Il est des livres qui dès la première phrase vous enveloppent, vous emmènent ailleurs… Si loin, et pourtant si proche de tout ce que vous avez déjà vécu. Une sorte de voyage intérieur, un émerveillement à chaque page tournée, à chaque mot déchiffré, placé là avec évidence.

Les livres de Jeanne Bennameur ont tous sur moi ce pouvoir. Des histoires simples, et pourtant complexes en même temps, des vies vécues.

Profanes a cette magie. Cinq vies, qui comme beaucoup, ont côtoyé la mort, à un moment ou à un autre, cinq vies qui se rassemblent par le choix de l’une d’elle, cinq vies qui trouvent refuge dans une grande maison au jardin merveilleux, où se tissent des liens invisibles et puissants qui vont aidé chacun à se réconcilier avec sa vie, avec les morts qui la jalonnent…

Un vrai coup de cœur, lisez-le !

Pour la beauté du texte…

Hier, sortie en famille : théâtre. Une fois n’est pas coutume, il a fallu motiver ! Un argument de poids cependant pour y arriver, une valeur sure : Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand…

Quelques surprises cependant sur cette mise en scène de Dominique Pitoiset, sur ce Cyrano interprété par Thierry Torreton.

Cyrano

Pourquoi cette grande salle blanche pavée dont les néons aveuglent, ces tables et tabourets métalliques, ce juke-box, cet évier, ce placard à balai et ce fauteuil d’hôpital ? Pourquoi cette bande d’hurluberlus, en pyjamas, pieds nus, bourrés de tics ? Pas forcément le genre de décor que l’on imagine pour ce poème de cap et d’épée… Doit-on déduire que Cyrano n’est qu’un fou parmi les fous ? Mort dans son fauteuil avant même le début de la pièce, alors que le public intrigué se demande s’il est bien réel…

Mais finalement qu’importe ! Au fur et à mesure que les mots se placent, on se laisse prendre par la magie, tant ce texte intemporel caresse nos oreilles et on en vient à oublier ce drôle de décor qui finalement donne encore plus de force à ces tirades inoubliables, celle du nez d’abord, celle du baiser ensuite et puis celle de la chronique hebdomadaire de monsieur Hercule Savinien Cyrano de Bergerac se terminant sur son dernier souffle…

http://www.mc2grenoble.fr/mc2_programme_reservation/zoom.php?spec=1614

Un peu de bois et d’acier

CHABOUTE

ChaboutéEt énormément de poésie ! Entourée de bédéphile, le moins que l’on puisse dire est que je ne suis pas une grande lectrice de ce genre d’ouvrage… Et pourtant, il arrive que l’on y fasse des rencontres hors du commun. Dans ce monde de bulle, j’ai eu un vrai coup de foudre pour cet auteur qui n’en met aucune !

A l’aide de son crayon et de sa plume, il révèle par une succession de dessin, simple en apparence, un panel d’émotion incroyable. Un peu de bois et d’acier, c’est l’histoire d’un banc public, où tout un chacun peut venir faire une pause, depuis les deux adolescents venus graver leur amour dans le bois jusqu’à cette dame qui lit, de ce couple âgé qui jour après jour vient y partager un gâteau au jeune garçon qui s’en sert de rampe de skate… Chacun l’utilise à sa manière, son rythme, selon ses besoins, du policier qui le surveille jusqu’à l’employé municipal qui l’entretien avec délicatesse.

Un lieu de rencontre, « un répit, un instant, une pause…un abri, un havre, un refuge…une scène…un carrefour…juste un peu de bois et d’acier » comme le décrit l’éditeur. Un réceptacle d’histoires et de sentiments, un lieu de mémoire auquel on s’attache jusqu’à le racheter à un brocanteur !

Histoire simple sans parole, qui sollicite notre imagination et nous laisse finalement attaché et ému par un peu de bois et d’acier !

Five days in Manhattan, New York

New York fait partie de ces villes que l’on reconnaît sans y avoir jamais été, où l’on se sent à la fois ailleurs et chez soi, où l’on a envie de revenir à peine on l’a quitté…  New York accueille et sourit. A peine débarqué de l’avion, on vous aide, on vous oriente, on se met à votre service, sans insistance avec juste ce qu’il faut de sollicitude.

Je me souviens de ce premier matin, de cette promenade aux aurores dans la ville endormie, du jaune des taxis et « school bus » qui colonise peu à peu l’espace, de ces rues qui fument… de ce premier café pris face à la rue à regarder la ville se réveiller.

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Les Oliviers de Négus

de Laurent Gaudé

Il m’arrive parfois de débuter un roman, impatiente de retrouver un auteur, comme un rendez-vous avec un vieil ami. Ils ne sont pas si nombreux à me garder fidèle, le plus ancien étant, sans aucun doute, mon « ami » d’outre-atlantique Paul Auster, avec qui chaque rendez-vous est un nouveau voyage dans son univers américain, mais surtout new-yorkais.

Il n’est pas seul heureusement et depuis quelques années chaque rendez vous avec Laurent Gaudé fut un plaisir, du « Soleil des Scorta » en passant par « Eldorado » jusqu’à « la Porte des Enfers ». Même si les sujets lus étaient de plus en plus sombres, je ne m’attendais pas, en ouvrant « les Oliviers de Négus », à tant de noirceur.

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