Le Chardonneret

De Donna Tartt

 

ChardonneretJ’ai emprunté ce pavé par hasard, attiré par l’oiseau de la couverture, séduisant et si léger comparé au poids du livre. J’ai attendu un moment avant de m’attaquer aux 800 pages, encombrantes et presque décourageantes… Je suis rentrée difficilement dans l’histoire, sombre, m’attachant pourtant peu à peu au héros Théo, et à ce minuscule Chardonneret grâce auquel il survit malgré un sort peu clément. Je ne savais rien de Carel Fabritius, ce peintre flamand du XVIIème siècle, avant de lire ce livre, rien de son petit oiseau lumineux qui pourtant éclaire tout le roman de son mystère.

Théo, jeune garçon new-yorkais se voit arracher sa mère lors d’un attentat dans un musée. Hagard et ne réalisant pas vraiment ce qui vient de se passer il sort par une porte dérobée avec cette petit toile qu’il conserve cachée comme un trésor qui lui donne la force de continuer à vivre. On attend un dénouement pour cette merveille cachée, on veut savoir ce qu’il adviendra de ce tableau recherché par toutes les polices du monde. Mais le roman retrace la dérive de Théo, son amitié pour Hobbie puis pour Boris, son amour sans avenir pour Pippa, également rescapée de l’attentat, sa vie chez les Barbour, les drames qui ponctuent son existence. Parcours chaotique suite au traumatisme, les descriptions sont parfois pesantes tant la noirceur envahit la vie du jeune homme.

Entre vérité et mensonge, entre sincérité et fourberie, entre mémoire et oubli, le suspense qui s’installe peu à peu m’a fait aller jusqu’au bout de ce livre bavard et fastidieux à lire. Effectivement le style est précis et fin, l’écriture agréable mais les détours pris, les descriptions et les détails m’ont donné l’impression que le livre ne se terminerait jamais et il m’a fallu de la persévérance pour aller jusqu’au bout… Ce récit interminable d’un pessimisme absolu se termine malheureusement en queue de poisson.

Le livre refermé, la lecture achevée, j’ai quand même eu la curiosité d’en savoir plus et sur l’auteur et sur l’œuvre. Prix Pulitzer 2014 (quand même !), critiques dithyrambiques de nombreuses personnalités, j’ai eu l’impression de ne pas avoir lu le même livre… je vous laisse donc juger par vous-même, mais une chose est sure, le tableau de Fabritius a quelque chose d’envoûtant qu’il faut découvrir !

Parenthèses…

Je vous parlais en début de mois d’un défi à relever, c’est chose faite ! Un concours de nouvelle auquel j’ai participé, et qui m’a donné très envie d’écrire plus, ici ou ailleurs ! Je vous tiendrai au courant de la suite… En attendant, je vais m’atteler à vous raconter deux ou trois escapades récemment vécues (ou pas!). A bientôt donc…

Baptême

Par immersion totale !…

D’abord il a fallu se forcer, par solidarité et pour lui faire plaisir… Ensuite, il a fallu appréhender sa peur, parait-il normale et saine, devant cet élément inconnu. Puis se jeter à l’eau, vêtue d’une peau de silicone et ajuster son masque, Charger sur son dos les bouteilles qui ne pèsent alors presque rien et commencer à apprendre à respirer avec la bouche en serrant les dents autour du détendeur, la tête au ras de l’eau, en commençant à deviner le monde en dessous de soi.

Quand le rythme est venu, il faut s’abandonner et se laisser descendre guider par un inconnu en qui votre confiance doit se mettre… Soyons honnête, il m’a fallu m’y reprendre à trois fois avant de me détendre un peu. Et enfin, vider sa tête et se contenter d’admirer le monde sous marin qui s’offre à vos yeux : poissons multicolores, de toutes formes, coffre ou trompette, plat ou dodu, coraux jaune fluo ou vert pomme, rouge, puits ou cerveau, langouste et poulpe, et pour finir un moment de magie avec la nage derrière une tortue au mouvement fluide.

L’effort était grand mais il en valait la peine même si l’appréhension n’a pas totalement disparu. Il m’a fallu 24 heures pour reconnaître à quel point ce voyage dans les fonds sous-marin était exceptionnel, unique, loin de tous ceux que j’avais pu faire précédemment. Et si je préfère nager avec un masque et un tuba, maîtrisant mes respirations, le dépaysement n’est pas tout à fait le même et la sensation post-plonger incroyable ! On se sent comme au ralenti, zen, détendu malgré la peur… Une expérience à tenter si vous en avez un jour l’occasion !

Interlude… (again !)

Après un mois d’avril un peu bavard, un mois de mai bien silencieux ! Et oui, ponts et viaducs ont la capacité de vous faire voyager sans vous laisser une minute pour partager ! Suspens, riche en découverte, ce mois de mai sera surement à l’origine de récit très prochainement… Mais un autre défi m’attend d’ici la fin du mois de juin, alors soyez patients ! A suivre…

Merveille (Wonder)

de RJ. Palacio

couverture du livre Wonder de RJ PalacioCe roman jeunesse porte bien son titre et est effectivement une vraie merveille ! Emprunté par hasard pour un fils en mal de lecture, je l’ai lu à mon tour après son retour positif et j’ai adoré ce livre plein de sensibilité, d’émotion, d’amitié et d’amour. Un jeune garçon, à l’humour mordant, fait son entrée à l’école en 6 ème n’ayant pas été scolarisé jusque là pour des raisons médicales… Né avec une malformation faciale, son visage hors norme lui vaut réactions horrifiées et moqueries. Il saura pourtant faire face, se sentant un garçon ordinaire, comme les autres. On s’attache à Auggie, à sa famille, a ses camarades, on pleure (vraiment !) et on rit avec eux, on souffre aussi de la bêtise humaine mais on se réjouit de voir que la bonté l’emporte. Le style simple et sincère nous entraîne dans la tête de six des protagonistes de l’histoire de ce petit garçon courageux et merveilleux. Récit à plusieurs voix, où chacun peut exprimer ce que cette difformité engendre dans sa vie, c’est un livre à mettre entre toutes les mains, vraiment toutes pour aimer et regarder différemment tous les « Auggie » que nous croisons ! Un roman qui vous accompagne même les dernières lignes parcourues. Une MERVEILLE !

Plonger

de Christophe ONO-DIT-BIOT

 

couverture du livre Plonger de Christophe Ono-Dit-BiotComme ce livre porte bien son titre ! A peine les premières lignes effleurées, j’ai plongé dans ce récit d’un père à son fils, où perce l’amour inconditionnel de l’un pour l’autre, le désir de le voir grandir en gardant l’équilibre dans un monde en mouvement, la volonté d’être honnête avec lui, qu’il sache qui était sa mère.

Récit d’un coup de foudre, d’une passion de César pour cette belle espagnole insaisissable, Paz, indépendante, sauvage. De cet amour est né Hector, dont le prénom héroïque résonne après le récit de sa naissance… mais qui ne sera retenir sa mère en quête de beauté, d’ailleurs, d’air. Pour son fils, malgré la douleur et la peur, César va chercher à comprendre la disparition de cet être solaire, de cette artiste talentueuse et rebelle.

A part quelques clichés, cette histoire où se mêlent l’art et la passion parfois violente de ces deux êtres est formidablement bien écrite. Il y est question d’amour bien sûr mais aussi de liberté, de création, de regard, d’eau et de mort… L’auteur en profite pour décortiquer un peu notre société, son évolution dans une Europe qu’il dit déclinante et qui étouffe Paz au point de la faire fuir. Rien de naïf dans cette très belle histoire d’Amour mais une puissance, un feu qui peut détruire. Et des pages incroyables qui donnent vraiment envie de voyager, de parcourir les Asturies, de retourner à Venise et ailleurs… Une très belle escapade !

 

Une recette délicieuse !

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Atelier Blanche de Bodinat

Prenez quelques copines, non plutôt des amies ! Ce sera encore meilleur !

Ajoutez un événement marquant et quelques pincées de surprises.

Enfournez la troupe dans une ou deux voitures et filez vers le Vercors jusqu’au Crêt du Loup.

Laissez-vous accueillir par la gentillesse et le sourire de Blanche.

Délestez-vous de vos montres et bijoux (vous serez alors hors du temps !) et remontez vos manches.

Ecoutez les conseils et lancez-vous !

Attrapez le morceau de glaise, et commencez à malaxer, apprivoiser la matière. Quand vous aurez une idée, lancez-vous, modelez, collez, décorez, dessinez pour obtenir l’objet voulu. Vous serez étonné du résultat, de votre capacité à vous concentrer sur cette boule de terre, à oublier les soucis de la veille et ceux du lendemain !

N’oubliez pas une bonne dose de sourires, voire d’éclats de rire.

Une fois la tâche accomplie, l’objet prêt à cuire pour devenir biscuit, prolongez ces instants magiques en dégustant la cuisine de Blanche, en admirant le paysage ou se marie le vert tendre du printemps et les sommets enneigés en toile de fond… Vous verrez, vous n’aurez qu’une envie : revenir vivre quelques instants dans cette parenthèse enchantée !!!

Voyage à travers les générations…  

La conférence de Michel Ottman, organisée par la commission innovation sociale d’Innovallée le 17 avril dernier, nous a invités à un voyage au sein des trois générations* en présence aujourd’hui dans le monde du travail, ainsi que de la quatrième qui arrivera sous peu. Voyage car il ne s’agit pas de juger ou de critiquer, mais bien de découvrir, avec curiosité et ouverture d’esprit, ce qui caractérise chacune de ses générations. Pour lui, toutes ces générations se suivent et ne se ressemblent pas, elles n’ont pas grandi dans le même pays, en tout cas pas dans le même contexte social, économique et politique. Bien sûr les grandes lignes tracées sont des caricatures issues de statistiques et chacun citera les exceptions, mais en l’écoutant on se reconnaît dans les grandes lignes, on reconnaît nos parents, nos enfants…

Les plus anciens, les baby boomer (1945-1963), donc 50% au moins est encore en âge de travailler, sont nés dans une période de reconstruction, de plein emploi. Pour eux les études étaient un luxe inutile, le travail un dû. Il y en avait pour tout le monde, y compris les femmes, et cette activité engendre une consommation évidente. Ils ont foi dans l’entreprise, dans la collectivité, dans l’Etat, entités qui ont besoin d’eux pour exister.

La génération suivante (1963-1978), que l’on appelle X par défaut, est une génération de transition. Elle est diplômée mais rencontre de grosses difficultés pour trouver un emploi, elle doit faire des compromis, partir, accepter des salaires inférieurs. Ce qu’elle a acquis, souvent au prix de gros efforts, elle le mérite. Elle grandit sans conflit sur son territoire mais dans une ambiance de Guerre Froide, de risque d’apocalypse nucléaire qui lui met la peur au ventre. Elle dépend de la collectivité pour se protéger… C’est aussi la génération qui voit apparaître les premières technologies informatiques, tentantes, mais inquiétantes par le fait qu’elles vont supprimer un certain nombre de métiers, de compétences. Peur encore qui se traduit dans toute la littérature, le cinéma de cette époque.

La génération Y (1978-1995) est celle du pourquoi (Why ? = Y). Dans son enfance, on l’a gâtée, consultée, impliquée. On lui a expliqué beaucoup de chose et elle a besoin de comprendre pour agir. Elle n’a pas connu de conflit majeur mais une peur au quotidien liée à l’insécurité, dans la rue d’abord, mais aussi au sein de la cellule familiale qui pour la plupart explose, jusque dans son intimité avec la révélation du SIDA. La collectivité ne peut pas la protéger, elle la rejette. Elle voit se développer les nouvelles technologies et apparaître internet. Elle est cosmopolite par excellence, non sectaire, ouverte sur le monde, grâce aux réseaux sociaux et à la facilité de voyager. Pour elle, le confort est un dû, le bien être une priorité. Génération de zappeurs dans le sens où tout peut être remise en question, elle fuit les engagements irréversibles. Elle refuse les hiérarchies liées à l’âge, l’ancienneté, pour elle seule la compétence compte.

Ces trois générations ont un rapport différent au travail. Alors que la première a travaillé, toujours plus, dévoué à son entreprise, pour s’enrichir et accéder à toujours plus de confort la dernière cherche un sens dans ce qu’elle fait, veut agir comme bon lui semble et demande une grande flexibilité. Les générations baby boomer et X compartimentaient leur vie professionnelle et personnelle alors que la génération Y laisse une grande perméabilité entre les deux. Le rapport à la consommation est aussi très révélateur. La génération Y qui veut tout, tout de suite, revend aussi vite qu’elle a acheté. Elle ne stocke pas mais gère des flux. Aucun stress dans l’acte d’achat, si l’article ne convient pas, il est évident de le revendre.

Quant à la quatrième qui émerge depuis 1995, nommée Z par défaut et de plus en plus C comme connectée, elle qui n’a connu que l’euro, les ordinateurs partout, les smartphones se confronte à d’autres peurs liées à l’écologie et au réchauffement climatique ce qui va façonner ses comportements. Que nous réserve-t-elle ?

Les « autochtones » des générations, qui ont témoigné, ont apporté un éclairage supplémentaire. Michel Ottman a su captiver son auditoire et le faire participer avec beaucoup de talent. On serait bien resté à l’écouter !

 

*Par génération il faut entendre un ensemble de personnes nées entre telle date et telle date.

 

Opéra de Lyon : là où le noir est roi…

La Rivière aux courlis

Il est parfois intéressant d’aller découvrir une œuvre à l’aveugle. Et c’est ce que nous avons fait samedi soir. Et nous étions dans le noir total !

Déjà au sein de cet objet architectural créé par Jean Nouvel. Tout y est noir, quelques touches de rouge, un peu de métal, des diodes… Des volumes envahissants, des sensations vertigineuses, un plafond oppressant, des sièges durs et trop hauts… Comme si l’objectif était de vous mettre dans l’inconfort.

Ensuite cette œuvre musicale finalement comme écrite pour ce jouer là, en harmonie avec le lieu : un décor noir où de fines lames de miroir perturbent votre perception de l’espace, de la hauteur pour les musiciens, une sensation de vide, des chanteurs en noir, un visage rouge l’autre blanc, une touche métallique dans le manteau du voyageur, une histoire de folie, de mort, de passeur, une musique quasi de chambre qui se contente de dialoguer avec les choristes dont les voix sont là pour toucher, presque sans éclat.

Curlew River, opéra de la seconde moitié du XX° siècle de Benjamin Britten, dont je l’avoue je n’avais jamais entendu parler jusque-là, est une œuvre difficile pour un néophyte, sorte de parabole sur le passage d’un pays de l’est à un autre à l’ouest par le biais d’une rivière, histoire d’une mère éplorée et devenue folle suite à l’enlèvement de son fils… Encore un aveu, je n’ai pas trouvé le sens caché de l’histoire. Et si j’ai aimé les cœurs d’hommes, en particulier en latin, et surtout la voix cristalline de l’enfant qui semble alléger l’ensemble, j’étais heureuse que l’Opéra ne dure qu’une heure quinze !

Ce voyage dans les ténèbres, que ce soit de l’architecture ou de l’œuvre musicale a eu juste la durée pour ne pas devenir trop oppressant et rester culturellement intéressant.

Istanbul

Istanbul-3saisons

J’ai eu la chance de me rendre plusieurs fois dans cette ville tentaculaire, à trois saisons différentes, de trois manières différentes. Ma première visite porte le souvenir grisâtre de la neige sale et du froid. En plein mois de décembre, quelques jours avant noël, c’était assez étrange de se retrouver dans cette ville de mosquée, loin de l’effervescence européenne de consommation qui marque cette période. Logés à deux pas de la mosquée bleue, nous pouvions venir nous réfugier dans notre chambre pour nous réchauffer régulièrement. La lumière pale de décembre ne donnait pas le relief attendu aux monuments et les promenades dans la ville n’avaient pas le charme d’un pays du soleil… Mais la splendeur intérieure des édifices étaient bien là !

Ma deuxième visite s’est faite au printemps, sous un soleil tempéré. Depuis l’aéroport, il me fallut affronter la marée automobiles pour rejoindre le centre-ville, deux heures à rouler au pas dans ce taxi pourtant habile à gagner chaque centimètre possible ! La ville complètement engorgée en cette fin d’après-midi m’a donné une image chaotique, bruyante, oppressante parfois. Au beau milieu des voies expresses slalomant entre les véhicules des vendeurs de tous âges proposaient des fleurs, des mouchoirs en papiers, des stylos, de l’eau, respirant à plein nez les gaz d’échappement, risquant à chaque instant de se faire renverser. L’hôtel enfin atteint un semblant de calme est revenu, même si ce qui m’a le plus frappé lors de ce séjour est la circulation incessante et encombrée, le bruit, l’agitation permanente. Enfin rien de moins étonnant pour cette mégalopole de 14 millions de personnes ! Pourtant, la végétation partout présente et odoriférante, eucalyptus, roses, arbre de Judée, donnait un tout autre charme à la cité. Mes promenades en solitaire m’amenèrent sensiblement aux mêmes endroits que quelques années auparavant et pourtant la lumière de ce mois de mai donnait un tout autre visage aux monuments.

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