Florence

Dans cette ville, il y a El Duomo, déjà longuement évoqué dans un article précédent. Mais pas que ! Chaque promenade réserve de nouvelles surprises, séduit par de nouvelles merveilles.

La place de la Seigneurie d’abord, souvent baignée par le soleil, en fait partie. Dominée, et comme écrasée par le « Palazio Vecchio » et son beffroi, sévère construction de pierres solides, à l’allure d’une forteresse médiévale, la place présente une apparente irrégularité. Il est vrai qu’on ne peut en définir la forme, et les bâtiments qui la cernent ne semblent pas coordonnés entre eux. Pourtant, où que l’on se trouve, on a l’impression d’une composition parfaite et délibérément agencée. La déambulation, que l’on peut entamer par sept points différents, donne vie aux diverses sculptures qui la peuplent, faisant d’elle un musée en plein air. En se promenant, on les voit se déplacer et se détacher sur des fonds changeants, procurant ainsi une incroyable richesse de points de vue.

Et puis, on se sent attiré par cette fuite lumineuse, cette échappée vers le fleuve que Cosme I° nous offrit pour faire respirer ce quartier resserré de la ville. Etrange espace urbain qui tient à la fois de la cour monumentale, de la rue, de la place, les Offices créent une superbe perspective. Tout d’abord vers ses arcs, terminaison du bâtiment sur l’Arno, mais aussi perspective depuis le fleuve vers le Dôme. En effet, lorsqu’on rejoint l’Arno et que l’on se retourne, la portion d’espace créée par les façades nous projette vers le Dôme, centre de la ville, unissant ainsi deux éléments capitaux de la ville. Après nous avoir laissé apercevoir une partie de la place de la Seigneurie, le palais, premier musée au monde (1531), instaure des rapports savants entre les anciens édifices, le Palais Vieux, la coupole du Dôme, les statues de la place et rattache le centre au quai de l’Arno.

Et puis l’Arno, compagnon fidèle de la capitale toscane ! Un fleuve dans une ville a toujours une présence particulière, surtout quand il la traverse, la tranche en deux parties bien souvent distinctes. L’Arno, fleuve capricieux, qui joua bien des tours à la capitale toscane, a ce charisme particulier. Il entre à l’est avec la hardiesse d’un torrent descendant des montagnes et il en sort en se dirigeant vers l’ouest, avec une allure plus lente et plus posée, comme s’il sentait déjà la mer, pourtant encore à quatre-vingts kilomètres. Tantôt bleu, tantôt jaune et limoneux, tantôt sec, tantôt plein et menaçant, il a un caractère aux mille facettes.

Se jouant de cette barrière par une succession de ponts pittoresques et charmants, la ville l’enjambe facilement, mais il est là pourtant, présent, envahissant parfois. Pont Vespucci, pont alla Carraia, pont S. Trinita, pont alle Grazie, pont S. Nicolo… et Ponte Vecchio. De tous les ponts qui surplombent l’Arno, c’est en effet lui le plus typique, le plus chargé d’histoire et de charme, le plus magique. Soutenant le couloir de Vasari qui relie le Palazio Vecchio au Palais Pitti, son origine remonte quasiment jusqu’à celle de la ville. Reconstruit, restauré, renforcé, il a acquis aujourd’hui une véritable stabilité et séduit tout un chacun avec ses petites boutiques pittoresques installées sous les arcades. Les deux terrasses en son centre permettent d’avoir une vue sur le fleuve et sa ville et d’admirer le panorama des quais sur fond de collines. Lui aussi, point de repère dans la ville, il est attachant avec ses couleurs chatoyantes, son aspect unique. Au nord du fleuve bat le cœur de la ville, dense et peuplé. Au sud, elle a un visage tout autre. Envahie par le jardin Boboli, immense parc à l’italienne , paradis de verdure envahi de sculptures, et son monumental palais Pitti, elle accueille la végétation sur la pente de ses collines. Elle offre des vues plongeantes sur la ville, en particulier depuis la place Michel Ange, malheureusement souvent envahie par les cars de touristes venant admirer Florence-la-belle d’en haut…

Et enfin : San Miniato. Petite basilique s’élèvant sur la plus haute colline du sud-est de la ville, on l’aperçoit de loin. Offrant un panorama superbe depuis son parvis, cette église aux traits clairs se mérite, atteignable après une montée essoufflante. La première fois, c’était en fin d’une matinée chaude et ensoleillée comme nous en avons eues beaucoup. Je suis entrée et, toute enveloppée de la fraîcheur de ces murs romans, je me suis laissée transporter par le chant d’un groupe qui profitait de la merveilleuse acoustique de la crypte. Quel moment inoubliable où je me suis laissée porter par la magie de l’instant, la beauté de l’ensemble. On ne peut que se recueillir dans cet édifice extraordinaire, admirer en silence, se promener lentement, hésitant même à photographier ce lieu si intense. Les poutres polychromes qui supportent la toiture, la marqueterie de marbre, les colonnes et les piliers se succédant pour soutenir le tout. Eblouis par le soleil italien, mes yeux s’adaptèrent lentement à la relative obscurité. Je fus comme attirée par la crypte d’où provenait ce chant. Là,  de petites fenêtres laissaient rentrer de chauds rayons qui éclairaient parcimonieusement les peintures des voûtes. J’aurais pu rester des heures assise là, laissant mon esprit voyager vers des horizons inconnus de tous…

Quand la fraîcheur me fit frissonner, je réalisais qu’il me restait d’autres choses à voir et, avec une pointe de regret, quittais ce sanctuaire magique pour contourner l’église et aller me perdre dans le cimetière. Là règnent le silence, l’ombre et la lumière… Organisé comme une mini-ville où les monuments rivalisent de beauté et de richesse, il offre une déambulation tranquille où les sculptures se succèdent devant vos yeux admiratifs.

Avant de conclure sur cette ville magique, je voudrais encore parler de cette place si souvent traversée : la place de l’Annonciation. Avec ses façades à arcades si diverses, elle offre des points de vue variés. Au nord, cette façade d’église, plutôt imposante mais majestueuse, à l’ouest cette galerie aux mille charmes, au sud ces façades encadrant le Dôme, enfin, l’hôpital des saints innocents, première œuvre de l’architecte Brunelleschi dont le portique, avec ces belles proportions, ravit l’œil. A quelques pas de là, une autre place d’un caractère tout autre, beaucoup moins paisible et harmonieuse… Là se trouve le merveilleux couvent de San Marco où le moine-peintre Béato Angélico exécuta la majeure partie de son œuvre. Il y décora plus de quarante cellules, le cloître, la salle capitulaire et les couloirs du premier étage avec un talent extraordinaire. Je me suis arrêtée, comme paralysée, devant le tableau de l’Annonciation, connu et maintes fois admiré. Il possède une intensité et une force que je n’avais pas imaginées. Chaque cellule renferme un trésor, et on est surpris de voir à quel point le talent de Fra Angelico peut éclairer, faire vivre ces petits espaces !… Quel merveilleux souvenir que cette courte, mais néanmoins intense, visite. Séduction totale de l’œuvre de ce peintre qui a fait de ce bâtiment un chef-d’œuvre.

Bien sûr, pour évoquer cette ville il faudrait encore parler de bien d’autres lieux ou édifices, tels Santa Croce et sa place, la chapelle des Pazzi, Saint Laurent et ses chapelles, son cloître… Mais j’ai voulu ici présenter les lieux, les œuvres pour moi incontournables dans cette ville qui m’a appris d’autres espaces, d’autres résolutions. Ces lieux où j’ai rêvé, où j’ai voyagé, ces lieux qui m’ont fait progresser dans ce que j’appelle « mon voyage en architecture »…

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À propos valeriethierry
Architecte Urbaniste Rédactrice, passionnée de voyages pour les découvertes qu'ils offrent, et nul n'est besoin de parcourir la moitié du globe pour s'évader... Un bon livre, une rencontre, un spectacle... Autant de fenêtre sur le monde à ouvrir !

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