Les désorientés

d’Amin Maalouf

Les désorientésUn coup de téléphone peut faire chavirer une vie… Le personnage central de ce roman cède à la requête d’un « ancien » ami qui l’appelle à son chevet, l’obligeant pour cela à un retour au pays, quitté dans l’agitation d’une guerre à laquelle il ne voulait pas participer. Bien des années plus tard, ce retour au source de leur amitié le pousse à avoir un regard lucide sur leur groupe d’amis qui rêvait d’un monde meilleur et qui s’est pourtant dispersé, brouillé, perdu de vue. A travers cette quête des souvenirs, du passé, il se rend compte du lien qui les unissait et veut reformer, pour quelques heures au moins, leur petite assemblée. Chaque membre du groupe a cependant pris son chemin, a fait ses choix, vis à vis du pouvoir, de l’argent et de la foi, que ce soit le richissime entrepreneur ou celui qui a tout abandonné pour vivre dans un monastère perdu de la montagne, que ce soit le fanatique ou celui qui tolère chaque religion, vont-ils pouvoir recréer l’intimité jadis si forte ? Regard nostalgique sur un monde qui n’est plus, qui disparait peu à peu chaque jour, sur un pays qu’il aime malgré tout, malgré les affrontements récurrents, malgré la coexistence des religions, malgré le télescopage des traditions et des cultures !

Amin Maalouf, libanais, nous livre ici une vision d’un pays, inspiré de celui qu’il a connu jeune, sans que l’on puisse avec certitude le nommer. C’est en Orient c’est sûr, et le titre du livre y trouve encore plus de force. Il nous parle de ces orientaux « Désorientés », de ceux qui sont partis comme de ceux qui sont restés, sans parti pris, sans jugement. Il nous parle en toute lucidité des choix que chacun pouvait faire, éclairé par un foisonnement d’idées et marqué par son identité et son histoire, dans ce genre de nation à l’équilibre instable. On sent dans ce livre un amour perdu, une nostalgie d’un passé révolu, un regard attristé sur un pays abandonné…

L’écriture d’Amin Maalouf, tout en finesse, reconstruisant pas à pas l’ambiance de cette jeunesse confrontée au drame d’une nation, retissant progressivement les liens qui les unissaient les uns aux autres, nous maintient en suspens jusqu’au retrouvailles dans l’hôtel de Sémiramis à la lumière éclatante…   Une phrase peut révéler le ton de ce livre: «Le pays dont l’absence m’attriste et m’obsède, ce n’est pas celui que j’ai connu dans ma jeunesse, c’est celui dont j’ai rêvé, et qui n’a jamais pu voir le jour.»

Quel dommage que la fin soit si décevante ! une sorte de pied de nez, comme s’il ne savait pas comment conclure ses réminiscences…

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À propos valeriethierry
Architecte Urbaniste Rédactrice, passionnée de voyages pour les découvertes qu'ils offrent, et nul n'est besoin de parcourir la moitié du globe pour s'évader... Un bon livre, une rencontre, un spectacle... Autant de fenêtre sur le monde à ouvrir !

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